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07/05/2009

une moisson de suicides

INDE

lalibre.be mis en ligne le 06/05/2009

Monsanto ou Mahyco possèdent le quasi monopole de semences. Endettés, 160 000 paysans se sont suicidés en Inde depuis 1997.

Depuis une décennie, une épidémie de suicides frappe quatre Etats indiens - le Maharastra, l’Andhra Pradesh, le Karnataka et le Pendjab. Selon les chiffres officiels, plus de 160000 paysans se sont suicidés en Inde depuis 1997.

L’incidence de suicides est la plus élevée là où les paysans cultivent du coton et semble directement liée à l’existence de monopoles de semences. En Inde, l’approvisionnement en semences de coton a peu à peu échappé au contrôle des paysans pour tomber aux mains de producteurs mondiaux de semences comme Monsanto. Ces sociétés géantes ont entrepris de contrôler les semenciers locaux au moyen de rachats, de co-entreprises et de franchises, donnant lieu à la naissance de monopoles de semences.

 

Dans ce cas, les semences, d’un bien commun, deviennent la "propriété intellectuelle" de sociétés comme Monsanto qui peuvent en tirer des bénéfices sans limites au moyen des royalties. Pour les paysans, cette situation se traduit par une aggravation de leurs dettes.

 

D’une ressource renouvelable et régénératrice, les semences ont ainsi été transformées en un produit de base non renouvelable. La raréfaction des semences est directement imputable aux monopoles, qui ont comme arme ultime les semences "terminator", génétiquement modifiées pour être stériles. Cela veut dire que les paysans ne peuvent plus utiliser les graines de la dernière récolte et doivent à chaque saison de plantation retourner se pourvoir auprès d’un semencier. Pour les paysans, cela implique des coûts plus élevés ; pour les sociétés productrices de semences, des bénéfices plus élevés.

 

La création de monopoles de semences a été rendue possible par la déréglementation des sociétés du secteur, une déréglementation qui leur a notamment donné le droit de déterminer l’innocuité de leurs produits. Avec l’arrivée de la mondialisation, les sociétés ont été autorisées à vendre des semences dont elles avaient elles-mêmes défini la biosécurité. Dans le cas des semences génétiquement modifiées, ces sociétés cherchent à nouveau à obtenir le droit à s’auto-réglementer concernant la biosécurité.

Une réglementation fédérale sur les semences existe toujours, mais aujourd’hui elle vise les paysans, qui sont peu à peu poussés à devenir dépendants des semences brevetées. Ce brevetage du vivant est l’un des principaux facteurs de la destruction globale de la biodiversité. La création de monopoles de semences, accompagnée d’un endettement massif des paysans envers une nouvelle sorte d’usurier - les intermédiaires des sociétés semencières et chimiques -, s’est également traduite par un coût élevé en termes de vies humaines.

 

Les premiers suicides de paysans ont eu lieu dans le district de Warangal de l’Andhra Pradesh. Les agriculteurs de la région cultivaient auparavant le millet, des légumes secs et des graines oléagineuses. Du jour au lendemain, Warangal a été converti en une région de culture du coton en utilisant des graines hybrides stériles qui nécessitent une irrigation importante et qui ne résistent pas aux insectes nuisibles. Les petits paysans sans capital propre se sont retrouvés dans un cercle vicieux d’endettement. Pour certains, il n’y a eu qu’une porte de sortie.

 

C’est à cette époque que Monsanto et son partenaire indien, Mahyco, se sont livrés à des expérimentations illégales sur le terrain avec le coton Bt, une variété génétiquement modifiée. Toutes les importations et essais de culture d’organismes génétiquement modifiés sont réglementés en Inde par une disposition de la loi sur la protection de l’environnement : les "Règles sur la fabrication, l’utilisation, l’importation, l’exportation et le stockage des micro-organismes, des organismes ou cellules génétiquement modifiés dangereux". La Fondation de recherche pour la science, les technologies et l’écologie s’est servie de cette disposition pour bloquer la commercialisation du coton Bt par Monsanto en 1999, raison pour laquelle cette variété n’a été vendue à des fins commerciales qu’en 2002.

 

La hausse des prix de production et la chute libre du prix de vente de leurs produits ont obligé les paysans à s’endetter, et l’endettement est la principale cause de suicide. C’est pour cette raison que les paysans se suicident surtout dans les régions productrices de coton où la mainmise des sociétés transnationales sur les semences asphyxie progressivement les agriculteurs.

 

Dans un premier temps, l’introduction des gènes Bt dans le coton avait pour objectif de lutter contre les insectes nuisibles. Mais de nouveaux parasites ont attaqué le coton Bt, obligeant les paysans à pulvériser sans cesse des pesticides. Dans la région de Vidharbha au Maharashtra, où l’incidence des suicides est la plus élevée, la superficie des plantations de coton est passée de 0,2 millions d’hectares en 2004 à 2,88 millions d’hectares en 2007. Le coût des pesticides a lui été multiplié par 13 sur la même période.

 

Une technologie transgénique qui ne tient pas ses promesses est sans doute intéressante pour des semenciers globaux qui sont aussi producteurs de pesticides et d’herbicides. Les paysans, eux, ont été acculés au suicide.

Les technologies sont des outils. Quand un outil ne fonctionne pas correctement, il faut le remplacer. Il est aujourd’hui évident que le coton Bt ne résiste pas aux parasites et qu’il ne permet pas aux paysans d’assurer leur subsistance. Il est temps de remplacer les semences génétiquement modifiées par l’agriculture biologique. Il est grand temps de mettre fin aux suicides.

© Project Syndicate, 2009 - www.project-syndicate.org - Traduit de l’anglais par Julia Gallin.

27/01/2008

et si l'avenir se trouvait entre les trois carottes du potager?

 

7b21f512f3ed89a048ef8f3ee6494420.jpgUn grand panier rempli de légumes de saisons, de fruits bio et d'oeufs frais, de viande, de beurre et de fromage. Pas le light ou le transparent en plastique du supermarché, non, de bon fromage.

Pour vivre heureux vivons branchés, achetons bio et roulons en vélo. Mais si ces gestes étaient vraiment salvateurs? Et si nous jouions le jeu franchement et à plein temps? Et si c'était ça le remède miracle à tous ces maux terriens? Parce que travailler 40 heures c'est peut-être bon pour la cotation en bourse de notre chère entreprise, mais qui est-ce qui a dit que c'était cool pour la santé?

Pour vivre heureux vivons branchés. Une expression à la mode ces temps-ci, c'est la simplicité volontaire. Et c'est vrai que c'est carton! Encore faut-il en voir toutes les conséquences. Parce qu'un adepte de la simplicité volontaire que fera-t-il? D'abord peut-être, il travaillera moins, il gagnera du temps pour sa famille, pour les autres, il réapprendra à faire du bénévolat. Il gagnera moins aussi, mais ça c'est peut-être pas un problème, il économisera, il préférera découvrir sa province que de se payer un Carcassone à la Toussaint, il achètera moins de gadgets inutiles, il distinguera l'indispensable du futile. Il redécouvrira la valeur de l'argent, des objets qu'il ne liquidera plus à la première égratignure. Il goûtera à la saveur de la nature en bêchant son jardin potager ou à la grandeur de certains métiers de proximité quand il ira faire recoudre le cuir de ses chaussures chez le cordonnier Ducoin. Il pourra faire partie d'un GAC. Un GAC expliquera-t-il, c'est un groupe d'achat en commun, un groupe de consomme-acteurs qui se réunit une fois par semaine pour pondre une grande liste de course et qui la dépose chez un petit producteur. Avec les Gac soulignera-t-il, tout le monde est content. Le petit maraîcher, boulanger, fermier ou éleveur qui est sûr découler sa production, et les clients qui savent d'où viennent leurs légumes ou leurs viandes et que celles-ci ne se sont pas déplacées de batteries en frigos à l'aide de grands camions polluants. Cela s'appelle le circuit court et c'est moins cher. Alors c'est vrai, avec les GAC, on a a pas tous les légumes à toutes les saisons, on manque parfois de produits laitiers quand les vaches préfèrent garder leur lait pour les veaux qui s'apprêtent à naître. Mais bon, on réapprend à vivre avec ces saisons, il n'y a rien de plus humain finalement. L'adepte de la simplicité volontaire, il sera un peu triste quand il réalisera que l'AFSCA résume la santé à la seule hygiène et élimine les petits exploitants en leur imposant des conditions dignes des plus grandes entreprises. L'adepte de la simplicité volontaire, il pensera et fera encore des tas de choses. Il se dira qu'une économie plus locale permettrait de créer une multitude de véritables emplois. Il aimera bien déguster l'accordéon des trams le matin, se promener et sentir la lourde terre de l'automne qui lui colle aux bottes et puis surtout, l'adepte de la simplicité volontaire, il respirera à s'en faire éclater les poumons et il sera heureux.

Mais la simplicité volontaire, est-ce si simple? Et la décroissance si l'on veut aller plus loin, est-ce que ça marche vraiment? Bien sûr c'est d'abord une démarche personnelle, mais pour que globalement cela en vaille la peine, il faudrait que chacune s'y mette, mais bon, c'est pas donné à tout le monde de vivre comme un franciscain. Et l'esprit d'entreprise? Et comment fera-t-on pour financer la sécurité sociale, le chômage et les pensions si on achète moins? Il suffit de faire une petite recherche sur Internet pour tomber sur des listes de critiques très sévères contre la théorie de la décroissance.

Mais voilà, il reste que l'on doit repenser radicalement notre mode de vie et que ce genre de mouvement a l'audace de poser de réelles questions et de briser certains tabous. Il reste qu'il est bon aussi de se rappeler que l'agriculture est née avec l'homme et que la nature est sa première nécessité.

Enfin et pour finir, qu'y a-t-il de plus beau à Bruxelles que ces quelques jardins potagers qui bordent les talus de la SNCB entre Bruxelles-Schumann et la gare du Midi? Alors certes ce sol est peut-être chargé en particules de métaux lourds, mais il donne naissance à la vie. L'avenir ne serait-il pas dans ces parcelles bêchées aux frontières de la capitale européenne plutôt que dans les laboratoires hygiéniques de multinationales à OGM? Je ne sais pas. Place aux débats.

 

quelques liens

www.saveurspaysannes.be

www.fwa.be le site de la FWA qui est le pricipal syndicat pour les agriculteurs

www.fugea.be la FUGEA autre syndicat

http://www.mouvement-th.org/

www.decroissance.net

www.afsca.be

et bien sur le site, les idées et les projets du cdf www.cdf-info.be