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09/11/2009

20 ans après, les murs existent toujours

"Oublier le présent, c’est se condamner à revivre l’Histoire, quand les commémorations en grande pompe fonctionnent comme des œillères. Chaque mur porte un message différent, découle de causes multiples et engendre des conséquences variables. "

 

Opinion de Benjamin Moriamé dans la libre de ce 7 novembre.

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23/04/2009

Comment éviter l'apocalypse hydrique?

pict_174486.jpgRiccardo PETRELLA (*)

source: lalibre. be Mis en ligne le 22/04/2009

Souci d’eau potable pour 1,5 milliard de personnes. L’or bleu, cause de guerres. Lacs et fleuves dévastés. La pénurie est à l’origine de la crise mondiale de l’eau. Et de son intérêt commercial.

Président de l'Institut Européen de Recherche sur la Politique de l'Eau (IERPE)

Dans sa dernière BD, "Animal’z" , Enki Bilal présente un monde dévasté où, entre autres, l’eau potable est quasi disparue et il n’y plus que quelques individus à la recherche désespérée d’un passage vers une autre vie. L’histoire se termine, malgré tout, avec une lueur d’espoir. Visionnaire aussi pourrait se révéler le thriller écologique " H²O inc" de Varda Burstyn, ancienne vice-présidente de Greenpeace Canada (Lanctot Editeur, Outremont/Québec, 2005). Ici, la sécheresse qui étreint les Etats-Unis est à l’origine d’un vaste projet financier et commercial d’aménagement et de transferts d’eau qui corrompt tout sur son chemin (gouvernements, Parlements, entreprises ).

Considérée comme l’"or bleu" de la planète, l’eau est entrée avec force dans l’imaginaire du devenir du monde. Elle fait l’objet d’énormes convoitises et d’envies de puissance et de domination. Des groupes industriels et commerciaux multinationaux se voient déjà les grands patrons de la vie de demain. Les financiers ont également commencé à entrer dans la course. Depuis la création en l’an 2000 par la banque privée suisse Pictet du premier fonds d’investissement international spécialisé dans le secteur de l’eau, on ne compte plus les fonds qui récoltent des capitaux pour les investir dans les multinationales privées de l’eau . A l’origine de cette ruée sur l’eau, il n’y a pas la "découverte" de nouvelles richesses d’eau douce, mais bien le contraire. C’est plutôt la pénurie croissante de l’eau en quantité et en qualité pour les usages humains. C’est davantage la crise mondiale de l’eau à laquelle ont conduit les modes de vie des sociétés occidentales en particulier, leur croissance économique sans limites, leur prédation intensive des ressources de la Terre.

La crise se manifeste sous trois formes principales.

1) En premier lieu,par le déni d’accès à l’eau potable saine à plus de 1,5 milliard de personnes. Ce chiffre passe à 2,6 milliards si l’on considère les êtres humains sans accès aux services sanitaires (sans latrines publiques). Une telle négation du droit à la vie est une injure à notre prétention de vivre dans des sociétés civilisées d’autant plus que la négation du droit à la vie n’est pas due à l’absence physique de l’eau dans les régions où habitent ceux qui n’y pas accès, mais parce qu’ils sont pauvres.

Or tout semble indiquer que les puissants du monde, au Nord comme au Sud, n’ont aucune intention, au-delà des engagements rhétoriques, de prendre les mesures radicales nécessaires et indispensables pour éradiquer la pauvreté. Les résultats du G20 du mois d’avril dernier ne font que le confirmer. Depuis l’explosion de la crise financière, les dominants ont mobilisé plus de 12 000 milliards de dollar pour renflouer les caisses des banques, principales responsables du désastre mondial actuel, alors qu’ils n’ont pas voulu au cours des trente dernières années allouer quelques misérables 30 milliards de dollars qui auraient été suffisants pour doter de latrines publiques toutes les zones pauvres du monde.

Les prévisions du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Etudes sur le Climat) concernant les effets du réchauffement de l’atmosphère sur les ressources hydriques ne sont guère encourageantes. Les effets négatifs se feront sentir surtout dans les régions déjà vulnérables du point de vue ecosystèmique et chez les populations faibles et pauvres. Ainsi, en 2050, 60 pc de la population mondiale risque-t-elle d’habiter dans des régions à forte pénurie d’eau. Les premiers chevaliers de l’apocalypse seront à l’œuvre.

2) En deuxième lieu, la crise mondiale de l’eau se manifeste par la dévastation des corps hydriques de la planète (quantitative et qualitative) : plus de 50 000 lacs ont disparus et ceux qui restent sont en danger de survie à cause de la pollution de leur eau; des milliers des rivières ont été asséchées et de plus en plus nombreux sont les grands fleuves mythiques de nos pays qui ne portent plus l’eau à la mer pendant des périodes de l’année. La quasi-totalité des cours d’eau de l’Inde sont pollués. Il en est de même en Russie, en Chine, aux Etats-Unis, voire en France où 82 pc des eaux de surface souffrent de détérioration qualitative. Les nappes ont été systématiquement surexploitées en raison d’une agriculture intensive fondée sur une irrigation prédatrice, et aujourd’hui leur niveau moyen a baissé de 3,5 mètres en Chine et de 1,5 mètre aux Etats-Unis. La dégradation des sols et la destruction des forêts primaires concernent tous les continents. Il en va ainsi également de la dégradation de l’eau "verte" (celles sur laquelle se base la vie des plantes et des arbres). Même les Etats-Unis ont soif. Le problème majeur pour les maires de 40 grandes villes américaines est déjà la garantie d’approvisionnement en eau.

Loin de tirer de ce saccage du patrimoine hydrique de la Terre les conséquences sur notre manière de produire et consommer "la richesse", nos classes dirigeants restent convaincues que la solution à la crise de l’eau passe, certes par une consommation plus durable, mais surtout par la capacité de maintenir la capacité de production et d’offre d’eau douce pour soutenir le développement économique capable de satisfaire les besoins d’une population mondiale en augmentation. D’où la fuite en avant technologique : recours croissant au dessalement de l’eau de mer, nouvelle vague de construction de grands barrages, transferts d’eau sur des vastes échelles, pluie et neige artificielles, etc. L’eau ainsi produite sera de plus en plus chère. L’inégalité dans le droit à la vie entre ceux qui pourront couvrir les coûts croissants de l’accès à la vie et ceux qui en seront exclus augmentera inexorablement. Le deuxième groupe de chevaliers de l’apocalypse entrera alors en action.

3) Enfin, la plupart de groupes sociaux au pouvoir estime que l’eau est "destinée" à devenir la principale cause de conflits, de luttes, voire de guerres entre collectivités territoriales, peuples et pays autour de la propriété, du partage, de l’approvisionnement et des usages concurrents et alternatifs de l’eau.

Pourtant, les guerres de l’eau ne sont point inexorables. Parmi les 263 grands bassins hydrographiques du monde, deux seulement sont nationaux, les autres étant bi- et plurinationaux. Eviter les guerres est possible si les gouvernements de nos pays modifient la manière d’appliquer les trois principes sources des conflits interétatiques à savoir : 1) le principe de la souveraineté nationale patrimoniale sur les ressources d’eau du pays, 2) le principe annexe de la sécurité nationale hydrique comme base pour la sécurité alimentaire et économique du pays, 3) le principe de la survie grâce à la compétitivité nationale sur les marchés mondiaux.

L’indépendance et la sécurité des peuples passent de la mise en commun de la propriété et de la responsabilité des biens essentiels et insubstituables à la vie et au vivre ensemble. Ainsi, l’eau doit être reconnue, le plus tôt possible, comme le premier bien commun patrimonial mondial de l’humanité dans le cadre d’une souveraineté et d’une sécurité communes, partagées et responsables. Et où aucun pays, fût-il aussi puissant que les Etats-Unis, n’a le droit de s’en approprier et d’en faire un usage prédateur en violation du droit à la vie pour tous.

Les débats autour des solutions à porter à la crise économique, au changement climatique, à la crise de l’eau montrent que les dirigeants sont encore bien loin de penser à de telles mutations. S’ils persistent, les derniers chevaliers de l’apocalypse débouleront à travers la planète plus vite qu’on ne l’aura imaginé.

(*)Dernier ouvrage paru "Le Manifeste de l’eau pour le XXIe siècle", FIDES.

08/12/2008

"Peut-on éviter le crash alimentaire ?"

Sur le site de oxfam solidarité ce 8 décembre...

Alors que le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 854 à 923 millions en moins d’un an, les ONG rappellent qu’il ne suffit pas de mettre la main sur le cœur en déclarant que la situation est grave, mais bien de changer de politique.

Pas moins de 17 personnes meurent chaque minute des suites de la malnutrition chaque minute, surtout des enfants vivant en milieu rural. Comble du comble, c’est dans les pays principalement agricoles qui ont les moyens de se nourrir que la faim frappe le plus durement.

Pour mettre fin à cette tragédie, il est nécessaire de déployer au moins autant énergie que face à la débâcle financière. Cela nécessite des choix politiques qui remettent plus fondamentalement en cause le système économique actuel.

C’est pourquoi des ONG prônant la souveraineté alimentaire remettront ce lundi 8 décembre près de 80.000 pétitions aux présidents et présidentes des partis politiques francophones.

De l’autosuffisance à la dépendance
Tous les pays où ont éclaté les émeutes de la faim des derniers mois sont extrêmement dépendants des importations pour leur alimentation. Pour la majorité d’entre eux, ces pays étaient autosuffisants avant que les échanges agricoles internationaux ne prennent le pas sur les marchés locaux et avant le retrait forcé de l’Etat. Les véritables causes de la crise alimentaire se trouvent dans les choix politiques opérés ces dernières années.

- « Ne cherchez plus à produire ce que les marchés ouverts peuvent vous fournir moins cher grâce à la concurrence » : ceux qui ont cédé à ce type de discours s’en mordent aujourd’hui les doigts. En 2007, les coûts des importations alimentaires des pays en voie de développement ont augmenté de 33 %.
- Ceux qui ont poussé les États à abandonner la gestion publique des stocks alimentaires sous prétexte que "cela coute cher" devraient mesurer le nombre de morts qu’a entrainé la spéculation sur les produits comme le blé, le maïs ou le riz. Les stocks alimentaires européens et mondiaux sont au plus bas depuis 25 ans, rendant les marchés extrêmement tendus et à la merci des spéculations.
- Ceux qui ont poussé à l’abandon d’une politique agricole forte aux profit du marché ont amené le désinvestissement dans le secteur agricole, la diminution de la productivité de régions entières, la pauvreté, la faim et l’exode vers les bidonvilles alors que des acteurs financiers investissent les terres fertiles pour satisfaire les désirs des plus nantis.

La faillite d’un modèle
Cette crise alimentaire est la démonstration de l’échec cuisant d’un modèle. Et ce n’est pas la baisse temporaire des prix agricoles qui peut nous faire croire à l’accalmie. Non seulement les causes de l’instabilité des prix sont toujours présentes. Mais, elles continueront de frapper à chaque fois les plus faibles, les producteurs lorsque les prix chutent et les consommateurs pauvres quand ils augmentent.

Les solutions à mettre en œuvre
Éviter le crash alimentaire est possible, mais pas avec des demi-mesures !
- Il faut défendre le droit de mettre en place des politiques agricoles fortes au Nord comme au Sud. Chaque pays a le droit de se protéger des importations à bas prix et de soutenir sont agriculture. Nous constatons le récent enthousiasme de certains pour la régulation financière mais les besoins de régulation sont tout autant nécessaires dans le secteur agricole.
- Les marchés seuls ne peuvent dicter les politiques agricoles. Il est nécessaire de soutenir l’agriculture familiale durable et les organisations paysannes déterminées à assurer le développement de leur agriculture. Pour cela il est fondamental de mettre en place des politiques pour garantir l’accès à la terre, à l’eau, aux semences, augmenter fortement et rapidement l’aide publique à l’agriculture, reprendre les accords internationaux par produits tels que café, cacao, coton, qui garantissent des prix rémunérateurs et limitent leur volatilité.
- Il faut enfin donner la priorité aux marchés locaux et à l’intégration régionale ce qui implique la révision des accords que l’Union européenne cherche à imposer avec les pays les plus pauvres.

Sans prix rémunérateurs et stables et sans politiques agricoles fortes favorisant les méthodes de production respectueuses des ressources naturelles et du climat, il n’y aura bientôt plus d’agriculteurs et de paysans capables de nous nourrir avec des produits de qualité tout en préservant l’environnement. Nous réclamons donc un projet politique, un projet de société. Parce que la faim justifie les moyens !

Retrouver les propositions des ONG et des autres associations sur :
www.oxfamsol.be, www.sosfaim.be, www.cncd.be

Thierry Kesteloot - Oxfam-Solidarité,
Virginie Pissoort - SOS Faim,
Stéphane Desgain - CNCD-11.11.11