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08/12/2008

"Peut-on éviter le crash alimentaire ?"

Sur le site de oxfam solidarité ce 8 décembre...

Alors que le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 854 à 923 millions en moins d’un an, les ONG rappellent qu’il ne suffit pas de mettre la main sur le cœur en déclarant que la situation est grave, mais bien de changer de politique.

Pas moins de 17 personnes meurent chaque minute des suites de la malnutrition chaque minute, surtout des enfants vivant en milieu rural. Comble du comble, c’est dans les pays principalement agricoles qui ont les moyens de se nourrir que la faim frappe le plus durement.

Pour mettre fin à cette tragédie, il est nécessaire de déployer au moins autant énergie que face à la débâcle financière. Cela nécessite des choix politiques qui remettent plus fondamentalement en cause le système économique actuel.

C’est pourquoi des ONG prônant la souveraineté alimentaire remettront ce lundi 8 décembre près de 80.000 pétitions aux présidents et présidentes des partis politiques francophones.

De l’autosuffisance à la dépendance
Tous les pays où ont éclaté les émeutes de la faim des derniers mois sont extrêmement dépendants des importations pour leur alimentation. Pour la majorité d’entre eux, ces pays étaient autosuffisants avant que les échanges agricoles internationaux ne prennent le pas sur les marchés locaux et avant le retrait forcé de l’Etat. Les véritables causes de la crise alimentaire se trouvent dans les choix politiques opérés ces dernières années.

- « Ne cherchez plus à produire ce que les marchés ouverts peuvent vous fournir moins cher grâce à la concurrence » : ceux qui ont cédé à ce type de discours s’en mordent aujourd’hui les doigts. En 2007, les coûts des importations alimentaires des pays en voie de développement ont augmenté de 33 %.
- Ceux qui ont poussé les États à abandonner la gestion publique des stocks alimentaires sous prétexte que "cela coute cher" devraient mesurer le nombre de morts qu’a entrainé la spéculation sur les produits comme le blé, le maïs ou le riz. Les stocks alimentaires européens et mondiaux sont au plus bas depuis 25 ans, rendant les marchés extrêmement tendus et à la merci des spéculations.
- Ceux qui ont poussé à l’abandon d’une politique agricole forte aux profit du marché ont amené le désinvestissement dans le secteur agricole, la diminution de la productivité de régions entières, la pauvreté, la faim et l’exode vers les bidonvilles alors que des acteurs financiers investissent les terres fertiles pour satisfaire les désirs des plus nantis.

La faillite d’un modèle
Cette crise alimentaire est la démonstration de l’échec cuisant d’un modèle. Et ce n’est pas la baisse temporaire des prix agricoles qui peut nous faire croire à l’accalmie. Non seulement les causes de l’instabilité des prix sont toujours présentes. Mais, elles continueront de frapper à chaque fois les plus faibles, les producteurs lorsque les prix chutent et les consommateurs pauvres quand ils augmentent.

Les solutions à mettre en œuvre
Éviter le crash alimentaire est possible, mais pas avec des demi-mesures !
- Il faut défendre le droit de mettre en place des politiques agricoles fortes au Nord comme au Sud. Chaque pays a le droit de se protéger des importations à bas prix et de soutenir sont agriculture. Nous constatons le récent enthousiasme de certains pour la régulation financière mais les besoins de régulation sont tout autant nécessaires dans le secteur agricole.
- Les marchés seuls ne peuvent dicter les politiques agricoles. Il est nécessaire de soutenir l’agriculture familiale durable et les organisations paysannes déterminées à assurer le développement de leur agriculture. Pour cela il est fondamental de mettre en place des politiques pour garantir l’accès à la terre, à l’eau, aux semences, augmenter fortement et rapidement l’aide publique à l’agriculture, reprendre les accords internationaux par produits tels que café, cacao, coton, qui garantissent des prix rémunérateurs et limitent leur volatilité.
- Il faut enfin donner la priorité aux marchés locaux et à l’intégration régionale ce qui implique la révision des accords que l’Union européenne cherche à imposer avec les pays les plus pauvres.

Sans prix rémunérateurs et stables et sans politiques agricoles fortes favorisant les méthodes de production respectueuses des ressources naturelles et du climat, il n’y aura bientôt plus d’agriculteurs et de paysans capables de nous nourrir avec des produits de qualité tout en préservant l’environnement. Nous réclamons donc un projet politique, un projet de société. Parce que la faim justifie les moyens !

Retrouver les propositions des ONG et des autres associations sur :
www.oxfamsol.be, www.sosfaim.be, www.cncd.be

Thierry Kesteloot - Oxfam-Solidarité,
Virginie Pissoort - SOS Faim,
Stéphane Desgain - CNCD-11.11.11

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